
Mélancolie pesante...
La neige, que tout le monde attendait,
qui est tombée, inutile, devant mes yeux...
Je me suis fait la réflexion légère, comme chaque année,
que c'était un vrai symbole de l'enfance,
cette neige, et que notre impatience de bambin,
était déconnectée par les vrais problèmes de la vie,
ceux qui tordent le ventre,
comme une fiche qu'on désactive, à l'âge adulte...
Toute cette neige de merde, et moi, toute seule, dans le train...
Mon bouquin dans la poche,
c'est souvent Jim Harrison, ça a été Roth, c'était pas si bien,
Paul Auster, Modiano c'est Breat Easton Ellis,
en ce moment, je ne sais pas encore si c'est bien...
J'ai relu Patrick Cauvin, qui est un vrai écrivain, un vrai de vrai,
même quand il écrit à la place d'enfants, il sait, il a "ce truc"...
Ça fait trois semaines...
Ça fait cinq mois que je n'ai rien dit à personne je crois...
Camille, un peu tout le temps, se traîne avec moi,
elle est au courant de tout,
c'est un peu la dernière qui est là tout le temps...
Ma meilleure amie est partie pour son travail, elle a ses problèmes,
ses horaires, on se voit moins, toujours avec le même plaisir,
mais ce n'est pas pareil que les soirées,
où on se défonçait en écoutant des disques,
la seule personne avec qui je faisais ça...
Et puis le train, et la neige...
Mes écouteurs, le bouquin dans la poche,
toujours un peu pareil...
Je ne fais rien d'autre qu'écrire, et quand je n'écris plus,
c'est reparti pour un tour, tout me hérisse,
je ne peux plus m'approcher de rien,
sans être assaillie par les angoisses,
et puis Camille est là, alors on se voit...
Ma mère s'est brisée l'esprit,
elle est immobilisée, là, chez-elle,
et c'est sûrement moi qui ai peur,
mais j'y vois comme une préfiguration de sa vieillesse,
et de sa mort...
Toujours les mêmes angoisses...
Je reste longtemps devant la fenêtre,
et une part de moi, la plus horrible veut fuir et foutre le camp,
parce que je ne m'y résous pas,
je suis terriblement humaine sur ce cas de figure...
Devant la fenêtre,
je me suis aussi dit qu'on était rien de plus qu'une famille ordinaire,
qui se meurt à petit feu, les uns après les autres...
La vie m'a révoltée, comme souvent...
J'ai pensé que la solitude avait cela de fantastique,
qu'on n'avait pas à voir souffrir ceux qu'on aime...
Je me suis dit qu'à la seconde où j'arrêtais d'écrire,
je n'étais plus rien...
Devant l'écran de mon PC, tout à l'heure,
je suis tombée sur une photo de lui...
Il a l'air beau et épanoui, il n'a pas changé...
On a plaisanté, il y a quelques jours, par sms,
et moi je riais jaune, et je me perdais dans mes pensées...
J'ai regretté de ne pas en avoir pris plus...
J'ai regretté tout le reste...
La neige, toujours, partout, dégueulasse...
Mes colères, pour rien...
Régresser?...
Ou devenir adulte?...
...
